Hommage à Arlette Albert-Birot qui m’a permis de…

…Arlette qui m’a permis de devenir un être en devenir dans ce monde de la poésie.

Lors de son dernier dîner à la maison nous nous sommes mis à nous tutoyer. Ce tutoiement a continué le temps de deux ou trois coups de téléphone. Puis la ligne s’est interrompue brusquement. Elle avait plus de 80 ans. Seul le tutoiement est resté. Avec tout le reste.

La passeuse
Tante A. qui avait tant à
donner en toute occasion.
Tante A. de qui j’avais tant
à recevoir m’a laissé le prendre
sans que je puisse le lui raconter.
Tante A. m’a dit au revoir au milieu
du guet et j’ai ramé en regardant
la rive s’éloigner petit à
petit. Elle savait déjà. Tante A.
m’a écouté m’agiter, me
démener, imaginer, réaliser.
Poétiser, photographier.
Elle a encore souri au
téléphone en écoutant mes
mots imagés, et n’a rien laissé
transparaître. Ce soir j’écoute
dans cette solitude muette
d’orphelin de ce 2 juillet 2010,
Chet Baker me caresser de sa
douceur réconfortante en me
laissant rouler pleins phares
dans la nuit de ce quartier de
lune, après qu’une force positive
est venue me pénétrer de toute
sa puissance. A la manière
de ma grand-mère Friquette,
qui m’avait joué cette même
partition de donneuse de vie
qui va toujours de l’avant, tante
A. m’a offert cette route que je
dois perpétuer de son regard.
Comme nous tous qui
avons cru en chacune de
ses tentatives toujours réussies,
dans son parler vrai aux
énergies lumineuses. Notre
Arlette immortelle aux encore
bonnes idées pour les autres,
ses neveux d’adoption choisis.
Un jour de marché sous la pluie,
elle seule a vu le soleil briller et
nous l’a raconté.

Pour lire d’autres hommages sur Arlette Albert-Birot

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2/2 : Avez-vous vu mes images sur voz’images

…Ce mail de voz’images. J’y reviens. Ce mail qui se voulait musical en m’invitant à découvrir une sélection de photographies liées à la thématique de la journée. Appâté par une ancienne photographie de Johnny Hallyday à son époque yéyé, j’ai voulu en savoir plus sur la photo de ce chanteur à qui j’ai tiré le portrait à plusieurs reprises. Portraits intimistes que j’avais cadrés loin de la foule incontrôlable et des concerts-spectacles. Bien loin de l’univers de cette photo que je découvrais sur le site.

J’ai cliqué. Me voilà alors propulsé sur internet. Sur le site de voz’images. Différentes photos défilèrent sans me laisser le temps de souffler. Différents photographes, différents chanteurs, différents interprètes. Noir & blanc, couleur. Connus, peu ou pas connus, très connus, inconnus (de moi et peut-être aussi de vous).

Puis je me suis retrouvé devant une photo qui m’était familière. Que j’avais déjà vue quelque part. Mais où ? Henri Salvador sur scène, un verre à la main. J’ai regardé le nom du photographe. Il s’appelait… Fred Blanc. Mais c’est moi !

Henri Salvador

Henri Salvador sur la scène du Festival des Vieilles Charrues - 2001

J’étais face à mon image. Face à un moi-même sans l’avoir voulu. Sans l’avoir même imaginé. Étrange sensation. Puis j’ai découvert un autre cliché que j’avais réalisé au Festival des Vielles Charrues à Carhaix, en Bretagne. Une photo de Maceo Parker. Et deux autres d’Henri Salvador. Puis une dernière de Ray Charles réalisée lors d’une soirée de charité dans un salon de réception à Neuilly. Ces portraits mélangés à ceux d’autres grands interprètes de Jazz. Souvent disparus. A qui je ne pourrai jamais tirer le portrait.

Musicien

Maceo Parker sur la scène du Festival des Vieilles Charrues - 2001

Ray Charles lors d'une soirée de charité - Neuilly France

Je souris doucement en repassant cette scène où je me fais prendre par surprise par mes propres images. Utilisées par d’autres. Mises en scène autrement. Motivées par des objectifs différents des miens.

Henri Salvador sur la scène du Festival des Vieilles Charrues - 2001

J’ai fermé le site. J’ai rêvassé quelques instants embarqué dans une musique plus photographique que sonore.

Je n’irai pas à la fête de la musique cette année faire des photos de nuit. Faire du flou. J’irai coucher mes enfants sur ce fond de bouts de concerts improvisés. Dans ce tout là bas qui s’efface en même temps que ma fille lutte contre le sommeil. Puis j’irai me poser à nouveau à ma table de travail. Là-haut. Dans cette pièce suspendue. Réservée à mes vagabondages mentaux. Avant d’écrire mon poème quotidien, avant de l’illustrer d’un bout de dessin fait de deux ou trois traits. Avant que je ne m’endorme, ma tâche quotidienne accomplie.

Pour découvrir d’autres photographies, bienvenue sur voz’images/photos de Frèd Blanc

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1/2 : Voz’images fête la musique

Il y a quelques soirs de là, alors que la fête de la musique battait son plein, je me suis retrouvé devant mon mac. Dans un silence vibrant de musiques lointaines. Jetant les spams de ma boîte mail. Me désinscrivant de ces lettres d’informations auxquelles je ne me suis jamais abonné.

Dans l’action je me suis arrêté devant un mail de voz’images, reçu l’après-midi même, qui m’a interpellé. J’ai cliqué. Pour voir. Ou revoir ce que je connaissais déjà. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas baladé sur ce site qui m’était familier il y a encore peu. J’y ai posté tant d’images il y a un an. 3 par jour. Régulièrement. Pas un week-end, pas un jour de vacances sans préparer mes trois images. Méthodiquement, en les éditant, les tirant, les légendant. En y apportant un maximum de données. Pour leur offrir la chance d’être découvertes par un curieux, repérées par un collectionneur. Un vrai travail de fourmi.

Puis du jour au lendemain j’ai tout arrêté. Je suis passé à autre chose. Mes photos étaient sur cette plate-forme. Cette banque d’images comme disent les professionnels de la communication. Photos anciennes ou récentes. Un peu de tout. Ces images devenaient accessibles à toute personne intéressée par la photographie. Elles n’avaient plus besoin de moi. Je les ai laissées vivre leur vie en m’éclipsant…

Pour découvrir des photographies, bienvenue sur voz’images/photos de Frèd Blanc

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« Suiveur de troupeau » : Un poème en avant première

EN EXCLUSIVITÉ – Quelques heures avant l’ouverture du 28e marché de la poésie.

Je vous offre la primeur de la lecture d’un des poèmes inédits du recueil :
« Des mots mis en baraques à sons » qui verra le jour au marché de la poésie.

SUIVEUR DE TROUPEAU
Des mots
déconnectés
de leur sens
s’uppercutent
dans une tête
toute retournée.
Des sons détournés
de leur usage
s’accrochent à
des actions
inconnues et
leur offrent une
deuxième vie.
Un homme
recourbé sur
lui-même perd
pied dans cet
inconnu
colorisé et
roule vers son
ailleurs bien
loin de cet
ici perdu.
Dans ce
nouvel
univers
remasterisé
façon
mouton à
la chaîne,
les cinq pattes
s’en cassent
une pour
entrer dans le
rang et devenir
un héros
comme tout
le monde.

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Poésie, une installation sonore

« Chaque poète doit se rapprocher d’un artiste pour étonner son auditoire ». Voici le mot d’ordre des organisateurs de la soirée d’ouverture du 28e marché de la poésie. Étonner.

Il faut que j’apporte quelque chose de différent pour mettre en scène mes textes poétiques. Si je m’associe avec un graphiste, un photographe ou un illustrateur, j’aurais la sensation d’être dans mon quotidien, celui de  l’agence edo. Il faudrait que je puisse collaborer avec un créateur maniant un médium qui m’est étranger.

En regardant les différentes lampes de Noart à la maison, cela m’apparaît comme une évidence. C’est avec lui qu’il faut que je construise ce projet. Je suis certain que cette démarche l’intéressera. Il a déjà travaillé en binôme. Avec Mesnager par exemple. Proche de créatifs comme Speedy Grafito ou Mistic, son univers est différent du mien.

Je l’appelle, je lui raconte. Il rigole, ça l’amuse. « Et pourquoi ne pas mettre tes poèmes dans des téléphones« , me rétorque-t-il. Lors d’un dîner nous baptisons le projet noart&blanc.

L’aventure a démarré. Une sélection de mes textes par Astrid, des dessins, un picto, un logo, des photos, un recueil de poèmes, un mini film, des enregistrements, des comédiens, des téléphones sonores, une installation et plein d’autres petites choses qui viennent se greffer. Que l’on met en œuvre ou non. Il y a une véritable dynamique créative qui s’instaure dans notre relation. Les idées fusent et l’on rêve déjà ensemble à d’autres projets communs…

Rendez-vous le 16 juin 2010 de 19h30 à minuit Place Saint-Sulpice. Stand F13-F14

Pour plus d’informations sur Noart : http://noart.org/

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Poètes en cabanes, poètes en baraques…

Il y a quelques mois la présidente du marché de la poésie (Arlette) raconte à ma femme (Astrid) son projet de mettre 100 poètes dans les 100 cabanes du marché. L’idée est d’offrir à ces 100 poètes un lieu d’expression public. Belle idée pour l’ouverture de la 28e édition du marché de la poésie.

Arlette demande à Astrid des noms de poètes pour étoffer sa pré-sélection. Elle en lance quelques-uns, avec facilité pour cette spécialiste de la poésie contemporaine. Elle évoque même ce poète qui fait partie de son entourage proche, un certain Frèd Blanc. Arlette lui répond du tac au tac, « j’y avais pensé et je voulais lui proposer« .

Je passe la pré-sélection sans m’en rendre compte. Me voilà embarqué dans une nouvelle aventure. Sans bien comprendre ni comment ni pourquoi. Arlette, pilier du monde de la poésie avec 28 ans d’organisation de ce marché est partout.  Elle connaît déjà mon travail, l’ayant sélectionné à plusieurs reprises pour la revue Le Frisson esthétique.

Me voilà projeté d’un coup dans une autre histoire. Celle de présenter mes textes à un public. Ces textes que je fais dans mon coin. Ma première réaction est une inquiétude. Qu’est-ce que je vais pouvoir raconter à ces personnes qui vont m’interroger. Je n’ai rien à dire. D’ailleurs une fois que je les ai écrits, je les oublie. Il font partie de mon cahier de textes que je n’ouvre quasiment plus jamais après. Je les date, c’est tout.

J’écris un texte par soir, c’est comme ça. Comme d’autres regardent la télévision ou jouent aux cartes. C’est un rituel. Il dure depuis des années. Sur la page de droite, 1 texte, collé à la pliure intérieure, comme une longue bande qui se laisse descendre.  Une fois arrivé en bas de la page, je dois m’arrêter. Et si je n’y arrive pas, je continue en tournant autour de celle-ci. Un texte serpent qui longe le bord du papier. Sur la page de gauche, 1 dessin. Il a un lien avec le texte d’en face, ou pas. Des têtes, des corps, des expressions, des mots redessinés, du vide, du rien et des autres. Toujours pareils dans leurs différences. Toujours différents dans leurs similitudes.

Mais que dire si l’on m’interroge. Je n’en sais toujours rien. Répéter tout simplement ce que je viens d’exposer ci-dessus. Ou inventer autre chose. Les textes quant à eux, il suffira de les lire. Ou d’ouvrir grand ses oreilles.

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Jean Vuarnet – Sculpture hommage

En 2005 Avoriaz allait bientôt avoir 40 ans. J’avais rêvé des projets comme une sculpture de Jean Vuarnet. C’était d’ailleurs en discutant avec l’un de ses fils,  Alain, que l’idée avait germé. Réaliser un hommage au créateur de la station. Mais rien n’avait vu le jour à l’époque. Ce n’était sans doute pas le moment. Les premières esquisses sont restées dans des cartons pendant plus de deux ans.

Un jour le téléphone sonna. Alain m’informa que le nouveau maire de Morzine était intéressé par ce projet de sculpture monumentale. Ce n’était alors plus pour Avoriaz mais pour Morzine. Ce n’était plus non plus pour les 40 ans d’Avoriaz mais pour les 50 ans  de la victoire olympique de Jean Vuarnet à Squaw Valley en 1960.

Je regroupais mon équipe et nous nous mettions au travail.

Un an plus tard, sur la base de mon dessin, avec la collaboration du designer des débuts René Bouchara et d’un sculpteur, Gilles Chabrier, la sculpture vit le jour. Près de 4,5 mètres de haut. Du verre, de l’aluminium et de l’inox. La traduction futuriste du dessin séduisit tout de suite Jean. Une fois de plus le champion olympique avait son regard tourné vers l’avenir. Si Jean était motivé, le maire était heureux et le projet partit tout shuss.

En juin 2009, en prenant la maquette de la statue dans ses mains, Jean ne put s’empêcher de dire « je la vois bien sur la place« .  Le 22 février 2010, le jour de sa victoire, à l’heure de sa victoire, la statue fut inaugurée au cours d’une reconstitution de l’arrivée de la course de descente de Squaw Valley. Le jour où Jean inventa la position de l’œuf. C’est son fils Alain qui prit sa place pour passer la ligne d’arrivée dans cette reconstitution offerte au public local.

Quant à elle, la sculpture dressée sur la place n’attendait plus que d’être dévoilée au public venu nombreux pour vibrer aux côtés de Jean Jean, comme on l’appelait à l’époque.

Le rêve était devenu réalité. Et il mesurait plus de quatre mètres de haut.

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Téléphérique pour l’enfance – Jean Vuarnet

Photo de la victoire de Jean Vuarnet aux JO de Squaw Valley en 1960 - Médaille d'or

Photo de la victoire de Jean Vuarnet aux JO de Squaw Valley en 1960 - Médaille d'or

…Puis un jour j’ai eu rendez-vous avec Jean Vuarnet. Cet homme qui m’impressionnait tant quand j’étais petit. Jean Vuarnet avec sa grosse voix, sa pipe, sa barbe et son chapeau de cow-boy.

Me voilà dans le train vers Morzine. Je suis seul. C’est un vendredi soir. Tout devrait-être calme et pourtant une inquiétude monte en moi. D’où vient-elle ?

Je vais faire le portrait de ce champion de ski qui a inventé la position de l’œuf. Cette position que l’on a tous essayée pour aller vite. Tout shuss en se prenant pour un champion. Je vais faire le portrait du père de mon ami qui n’est plus, qui est parti, ailleurs, avec sa mère. Je vais faire le portrait d’un personnage, d’un homme connu, qui m’impressionne toujours. C’est pour cela qu’une inquiétude m’a envahi, ce soir-là, dans le train. Et qu’elle m’a difficilement lâché ensuite.

Le lendemain matin, après m’être perdu, je me retrouve devant la porte de son chalet. Mon état n’a toujours pas changé. Je sonne. Le temps est long. Une silhouette s’approche lentement. Il ouvre la petite porte du jardin.  Je me présente. « Je suis le fils Blanc, me reconnaissez-vous ?« . Jean me répond que « non« , que « j’ai bien changé« . Moi je le reconnais. Il est resté le même avec son regard profond. Le même que la fois où j’avais skié avec lui et sa femme Edith. Le même que la fois où j’avais dîné dans son chalet peu avant le festival d’Avoriaz. Le même que celui de mes souvenirs d’il y a 10 ans. D’il y a 20 ans. D’il y a 30 ans.

Il m’accueille dans son bureau. Je lui raconte que je voulais l’immortaliser avec la photo qui ornait l’entrée du téléphérique quand j’étais petit. Que je l’ai cherchée pendant 6 mois. Brûlée en même temps que l’ancienne gare du téléphérique pour certains. Pour d’autres, récupérée par son propriétaire qui a perdu la tête depuis. Personne ne savait vraiment où elle était. Même son fils ne s’en souvenait pas. Il me regarde avec son sourire coquin. Monte dans le grenier de son bureau et redescend avec. Je peux enfin faire la photographie que j’imaginais. Le Jean Vuarnet de mon enfance aux côtés du Jean Vuarnet d’aujourd’hui. Ce Jean, une petite liste à la main où il a répertorié ses différentes victoires. J’ai shooté. L’image était maintenant dans la boîte.

Puis le temps s’est arrêté. Nous avons discuté plus de deux heures. Je lui ai dit aussi que je voulais d’une manière ou d’une autre rendre hommage à son fils. A mon ami Patrick. Il m’a écouté. A accepté sans plus de mots qu’il n’en faut. Comme toujours avec lui.

Tout au long de cette matinée il s’est laissé faire. Il s’est donné et j’ai pris. Puis je me suis éclipsé. J’étais tellement heureux de cette rencontre simple avec cet homme complexe.

Le soir j’ai dormi à nouveau dans le train. Je voulais absolument être présent pour l’anniversaire de ma femme qui avait lieu le lendemain. Je n’allais rater cela pour rien au monde.

Portrait de Jean Vuarnet au coté de sa photo qui ornait jadis l'entrée du téléphérique

Portrait de Jean Vuarnet au coté de sa photo qui ornait jadis l'entrée du téléphérique

Jean Vuarnet avec sa femme Edith sur le domaine skiable des portes du soleil

Jean Vuarnet et sa femme Edith sur le domaine skiable des "Portes du Soleil"

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2/2 : Téléphérique pour l’enfance – photographier l’inphotographiable

Les câbles du téléphérique d'Avoriaz s'enfoncent dans le brouillard en direction des Prodains.

Les câbles du téléphérique s'enfoncent dans le brouillard en direction des Prodains.

.. J’ai décidé alors de plonger dans mon enfance. Celle de mes vacances d’hiver. Celle que j’avais vécu là-haut. Il y a si longtemps. Dont les souvenirs sont restés toujours aussi frais.

J’ai commencé à chavirer dans un trop plein d’informations devant tant d’images, de formes et de mots revenus lentement à la surface. Comment arriverais-je à les raconter sur la pellicule ? Comment représenter le froid en photo ? Comment raconter l’excitation de l’enfant que j’étais ? Comment illustrer l’attente de ces vacances d’hiver ? Comment, comment et encore comment ?

Comment arriverais-je à rendre photogéniques ces bribes d’hier qui ne l’étaient pas ? C’est là que la véritable aventure a démarré.

J’ai inauguré un petit cahier vert qui m’a suivi jusqu’à la fin du projet. J’ai tout noté à l’intérieur : contacts, souvenirs, rencontres et même ce que j’avais oublié. Tous ces petits riens qui ont fait mon enfance, qui ont fait que ce là-bas est chez moi pour toujours. Qui ont fait qu’un livre sur Avoriaz était en marche.

Petit à petit le projet s’est construit. Pendant deux saisons je suis monté à Avoriaz toutes les trois semaines. Et je rentrais à Paris avec 20 à 30 rouleaux de photos. En développant les films, j’ai vu rapidement que des images se répétaient. « Encore des télésièges » disait ma documentaliste à ma femme en rigolant. C’était vrai, mais les télésièges sont photogéniques. J’oubliais en revanche les ambiances de rues, thématique que j’affectionne tout particulièrement d’habitude. Images qui ne se présentaient pas à moi dans les rues enneigées de la station. Ou plutôt que je ne voyais pas.

J’avais aussi envie de me confronter à deux styles photographiques que je ne connaissais pas bien : le paysage et l’architecture. Ces immeubles que j’avais essayé de photographier à l’époque de l’école (ESAG) et qui étaient restés une énigme depuis. Et cette nature qui semblait évidente quand je la regardais et imprenable une fois l’appareil prêt à cadrer. Puis à force d’images refaites et refaites avec générosité, j’ai effleuré des solutions.

Photographier le gigantisme de la montagne. Cette forme d’infini qui s’efface dans le blanc sans jamais s’arrêter.

Photographier l’un des rêves humains : celui d’apprivoiser cette montagne, parfois révoltée, parfois adoucie. De la dompter grâce à ces immeubles dressés contre vents et tempêtes de neiges.

L’excitation me guidait. Je découvrais tant de choses. Je rencontrais bien des personnes qui m’aidaient à recomposer cette histoire particulière.

En plus de photographier, je me suis mis à écrire puis à dessiner. De nouvelles idées venaient compléter ce tableau d’enfance.

Et à chaque retour sur Paris, il me semblait qu’il me manquait encore des images. Qu’il fallait y retourner à tout prix car j’avais oublié là-haut l’essentiel. Un télésiège peut-être…

Contre plongée de deux télésièges qui se croisent

Contre plongée de deux télésièges qui se croisent

Vue de la station depuis une piste recouverte de poudreuse

Vue de la station depuis une piste recouverte de poudreuse

Vue d'un immeuble depuis une fenêtre hublot, marque de l'architecture locale

Vue d'un immeuble depuis une fenêtre hublot, marque de l'architecture locale

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1/2 : Téléphérique pour l’enfance – un ouvrage photographique

Téléphérique pour l'enfance - Couverture de l'ouvrage

Janvier 2005, je sors d’un lourd travail pour la Française des Jeux : le dossier de presse de son équipe de vélo. J’ai repoussé mes vacances de Noël pour terminer. Je pars enfin à la montagne. Me voilà à Avoriaz. Cet endroit mythique où j’ai passé mon enfance. Je fais le voyage seul avec mon fils. Il est petit, il a trois ans. Nous arrivons dans notre appartement. Je suis seul avec lui. Ma femme nous rejoindra le lendemain.

En le regardant vivre je me revois trente-huit ans en arrière. Moi petit, entre les jambes de mon père. Moi petit, regardant mon père lire un gros livre. Moi petit, voyant mon père sortir de la salle de bain après le ski. C’était mon père le père, et moi l’enfant. Une génération a glissé. Je suis devenu le père. Et mon fils est apparu. Et je me vois en lui.

Chaque année je retourne dans cet endroit magique où j’ai fait, j’ai découvert, j’ai compris. Et je le raconte en boucle à ceux qui veulent bien l’entendre. A ceux qui n’ont pas le choix : « le rocher que j’ai sauté avec untel« , « le hors-piste où l’on aurait pu se tuer avec un autre« . Et bien d’autres anecdotes qui n’intéressent que ceux qui y étaient. Dont la plupart est partie depuis. En revanche les montagnes n’ont pas bougé et les immeubles sont restés inchangés.

J’ai pris la place de mon père sur le grand canapé bleu et mon fils a pris la mienne sur la moquette moutarde. Une génération est passée.

Alors pourquoi ne pas raconter cette génération d’amoureux de cette montagne-là. Pourquoi ne pas crier ces émotions, ces sensations, ce bonheur procuré par ces années d’enfance. Bonheur qui n’appartient pas qu’à moi mais à tous les avoriaziens de cœur.

Avoriaz qui allait avoir quarante ans, comme moi. Avoriaz qui méritait bien d’être racontée de l’intérieur.

Ce ressenti fut donc le démarrage d’une belle aventure. La création d’un  ouvrage. D’un livre photographique où l’adulte que je suis devenu a tenté de retrouver ses sensations d’enfant.

Téléphérique pour l’enfance. Ce téléphérique que j’ai essayé de prendre à nouveau pour retourner dans cette enfance qui continue à m’habiter…

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Past Present Futur

Past Present Futur

Deux voyantes dans leur vitrine - New York août 1991

Pour démarrer, j’avais envie de vous faire partager cette photographie. Je me retrouve dans « Le Village » quartier branché de New York. On est en août 1991. Je vis déjà depuis plusieurs années avec mon appareil photographique en bandoulière. Ça a commencé à Penninghen (ESAG) et ça continue toujours aujourd’hui. Je suis passé d’un Nikon à un Leica, puis je suis passé de l’argentique au numérique. Maintenant c’est un Canon qui m’accompagne partout où je me trouve.

Comme je le disais déjà à l’époque, mon appareil photographique est la continuation de mon œil et de mon bras en même temps. Il me permet d’attraper ce que je vois, de le mémoriser, de m’en souvenir. Et aujourd’hui de le partager.

C’est le matin. On sort avec un copain d’école du studio d’un ami chez qui nous vivions pour les vacances.  On traverse « Le Village » à pied car à pied l’on voit toujours plus de choses. J’ai les yeux grands ouverts à l’affut d’une de mes prises de notes quotidiennes. Je tourne ma tête légèrement sur la gauche et je vois cette vitrine énorme où deux femmes s’exposent. Un grand néon hurle la vie de ces deux voyantes qui attendent le client.  Ces deux femmes se sont posées là, sans bouger. Elles sont le décor de leur vitrine. J’arme. L’une me fixe d’un regard profond, une cigarette à la bouche, l’autre se cache. C’est elle qui fait la photo, qui donne du sens à ma composition. « Special 2 dollar » ne fait que renforcer cette impression forte. Celle de la recherche d’une « bonne nouvelle » à bas prix. Je déclenche. Je suis déjà ailleurs. J’oublie cette photo. De retour à Paris, je la développe. Elle se détache sur la planche contact. Je la tire. Elle me suit maintenant depuis bientôt vingt ans et je la redécouvre sans cesse. Bonne ou mauvaise, je n’en sais rien. Mais elle continue à me parler.

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Exposer c’est s’exposer

Parce que depuis des années mon entourage ne cesse de me demander de voir mes travaux en cours, mes projets, mes réalisations, j’ai décidé de prendre la parole par le biais de ce medium à chaque fois que j’aurais quelque chose d’intéressant à présenter. Une photographie, un poème, un  dessin, un logotype, une mise en page, un livre… une action créative. Et pourquoi pas aussi un mot d’humeur, une interrogation ou un doute.

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