2/2 : …Vue du dessous

Au milieu de
couloirs vitrines
surveillés par
des gardes
aux armures
sculpturales
et casques
moustaches,
des enfants
inconscients
du danger
qu’ils courent
dans les allées
– prises d’assaut
par des visiteurs
à l’affût de
l’exposition qu’il
faut voir pour
en faire partie
et être accepté
par ses pairs, –
des enfants tirent
sur tout ce qui
bouge mais
surtout sur tout
ce qui dépasse
trop du niveau
de l’acceptable,
sans toutefois
se faire 
remarquer.

Dessin souvenir d'un masque samouraï

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1/2 : Noblesse samouraïs…

Nous voilà à nouveau, mes enfants et moi, sur les traces de cultures anciennes du musée du quai Branly, et plus encore sur celles d’une place de stationnement pour notre automobile à l’embrayage toussotant.

Nous ne sommes plus là pour découvrir les sculptures dogons, mais pour croiser les armures brodées, les masques moustaches, les casques sculptures, les chevaux à têtes de dragons, les sabres de guerriers calligraphes ou littéraires. En quelques sorte pour voir en vrai, derrière une vitre, les tenues samouraïs de castes japonaises réalisées par des artistes talentueux.

Armure de guerrier avec casque et masque, protections métalliques du corps et de la tête, milieu de l'époque d'edo

Mon fils photo-dessine pendant que ma fille esquisse du croquis d’enfant. Ils se font plaisir à passer de vitrines en vitrines. Je fais de même et nous nous montrons régulièrement nos œuvres de l’instant, en les légendant de notre plaisir de les avoir réalisées ensemble.

Demi masque samouraï avec moustache

Masque samouraï

Masque de cheval à tête de dragon

Nous prenons notre temps. Au fil de la journée, dimanche se japonise. Nous rentrons le soir les yeux plissés d’une fatigue insulaire et l’imagination débridée en kanjis.

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Faites votre choix de légumes littéraires à la bibliothèque de l’Arsenal, Vendredi 23 sept. à 18h30

Je viens de le recevoir. Il est encore tout chaud sorti des presses d’une linotype. Sa pelure est douce, ses images pleines de formes arrondies. Il invite à la dégustation aux côtés du maître en la matière, Alain Passard : “Je travaille les découpes, je décortique, je cuis, j’assaisonne, je braise, je flambe. J’entre en vibration avec les légumes. Je suis dans une ivresse totale de couleurs, de parfums.” C’est pour nous faire partager cette mise en bouche que le chef de l’Arpège  s’est échappé un instant de ses cuisines et a poussé les portes de l’Abécédaire légumophile.

26 auteurs ont fait leur marché pour nous faire goûter leur vision d’un légume, nous faire croquer dans l’une de leurs expériences gustatives ou nous laisser éplucher un de leurs moments d’émotions partagés avec ces produits de la terre. Écrivain, poète, oulipien, historien ou chercheur, chacun a assaisonné sa lettre de prédilection.

C comme Chou par Alain Chevrier, E comme Éplucheur de pommes de terres par Astrid Bouygues, H comme Haricot ou le parti pris du mangetout par Paul Fournel, K par Zéno Bianu, N par Jacques Jouet, P par Pierre Albert-Birot, R par Gabriel Saad ou Z par Jean Follain…  Et bien d’autres encore,  jouant de tous les ingrédients pour nous régaler l’esprit.

Et si vous faites un petit tour à la lettre T comme Tomate, vous y découvrirez le potager secret où j’ai déposé quelques poèmes et “autres Tragédies légumières” comme l’a écrit Astrid Bouygues, qui a rassemblé ces textes avec Jean-Pierre Fournier.

Couverture de l'ouvrage "Abécédaire légumophile" (Gravure François Houtin) Éditions Virgile – Bibliothèques gourmandes

Soirée de lancement le vendredi 23 septembre 2011 de 18h30 à 20h30
à la bibliothèque de l’Arsenal : 1 rue de Sully – 75004 Paris.
RSVP : bibliotheque.gourmande@gmail.com
http://www.fete-gastronomie.fr/en/event/5268/

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Les toxiclopes

Cigarette de toxicomane pour visage de cyclope au trait

Croquis noir et blanc de cyclopes en action et de recherches de mains qui fument ou qui attrapent

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2/2 : …Derrière la vitre

Corps replié
sur lui-même,
accroupi, agenouillé,
prêt à bondir,
à écouter, à
entendre, à
rejouer la scène
en l’honneur
du Dieu à
vénérer dans
toutes les
situations
des plus au
moins, des
trop aux pas
assez, dans
les règles d’un
art codifié,
les bras tendus
vers le ciel, les
visages et les
corps scarifiés,
les cous et les
jambes
démesurément
longs, les
seins tombant
avec assurance,
les masques
regards, les
masques criards,
les masques
animaux, les
masques en bois,
tout en bois de
la forêt de la
tribu Dogon.

Dessin imaginaire de masques & objets Dogons

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1/2 : L’aventure Dogon au coin d’une sculpture…

Un samedi en fin de matinée, je marche sur le trottoir du quai Branly entre mes deux enfants qui me tiennent la main. Il ne fait pas vraiment beau, il ne fait pas vraiment mauvais non plus. Quelques minutes plus tard nous pénétrons dans le musée qui porte le même nom que le quai, pour découvrir ces sculptures qui m’ont interpellé un matin alors que je feuilletais Libération – ce quotidien qui traîne dans le café quotidien où je vais écrire et réfléchir devant un thé et un pain tout aussi quotidiens avant de me rendre à mon agence.

Une des sculptures Dogon en bois, exposée au Musée du quai Branly en avril 2011

Après avoir comme à notre habitude regardé les cartes postales pour nous donner une idée de ce que nous allions découvrir, nous nous trouvons tous les trois dans une immense salle où des cubes en verre remplis de sculptures en bois du Mali viennent structurer la circulation. La visite commence. Nous voilà fin prêts, notre matériel à nos côtés. Un appareil photo, un cahier de croquis, un crayon. Chacun les nôtres. Nous errons. Ma fille d’à peine cinq ans court, regarde, veut dessiner, photographier, dessiner à nouveau, rephotographier, redessiner et reuzéreu. Elle change sans cesse d’envie, se lasse vite. Elle découvre, cherche son rythme. Mon fils quant à lui avance plus lentement, observe, s’interroge, retourne en arrière, revient. Il passe d’une photo à un croquis sans se faire remarquer et même plutôt en se faisant oublier derrière un présentoir ou une sculpture monumentale. Ils viennent chacun leur tour me présenter leurs œuvres et s’étonnent que leur papa dessine mieux qu’eux. Même moi je finis par y croire tellement je reçois d’éloges de leur part. On n’est jamais mieux flatté que par les siens.

Croquis au crayon de différents angles d'une même sculpture africaine (Mali - Dogon, N'duleri)

Croquis au crayon de différents angles d'une série de sculptures africaines (Mali - Dogon, Telem)

Trois salles se succèdent et ils en redemandent. Après plus de deux heures trente de cet exercice incessant, c’est moi qui cherche la sortie du labyrinthe africain, mon cahier de croquis sous le bras et mes yeux sens dessus dessous.
Le soir à l’heure du coucher le manège reprend devant ma femme qui assiste à la présentation de notre trésor visuel en forme de croquis dogonesques. Chacun notre tour, nous y allons de notre anecdote, un petit souvenir aux lèvres.

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Message en dérangement

Interprétation d'un poémophone

Des têtes en dessin regardent des amateurs de poésie se balader aux Blancs Manteaux

Dans un élan
passionné
aux échanges
silencieux,
elle lui a
raccroché un
poème au nez
pour lui
défriser
l’oreille entre
ce mot en
moins et
son mot en
trop, pour
le laisser
au bout du
fil coupé,
à la tonalité
dérimée,
dans ce
silence en
suspension
où l’écouteur
d’une autre
époque se
balance dans
le vide de ce
chuchotement
en boucles,
gravé sur
le répondeur
automatique
du souvenir
de ce dernier
mot entendu
avant le cut
final.

Une promeneuse prend plaisir à écouter des poèmes depuis un des poémophones

Serge Pey, Eve Griliquez et Charles Gonzales participant à la lecture de poésie en hommage à Arlette Albert-Birot

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Espace des Blancs Manteaux : Je me souviens, c’était là tout de suite

Installation des poémophones à l'entrée de l'espace des Blancs Manteaux

Après que quelques non clients aient essayé de prendre par mégarde volontaire mon recueil  lors du marché de la poésie d’automne, recueil est à vendre puisque c’est écrit dessus et confirmé par une étiquette en plus, j’ai voulu partager avec vous ces souvenirs de têtes faussement étonnées, de discours pas du tout construits et d’excuses fondées sur un à peu près bafouillant.

Mon premier recueil de poésie avec son prix à ses côtés, entre une liste de prix et des marque-pages.

Crise de foi

Ah…, je ne savais
pas…, je croyais
que…, c’est
écrit où…,
un tarif…, en
gros…, le prix…,
je n’avais pas
vu…, combien…,
ah…, je le repose…,
désolé…, ce n’est
pas un catalogue…,
c’est un livre…,
pas gratuit…,
ah bon…,
de la poésie…,
excusez-moi…,
ça se vend
la poésie…,
ah…, combien…,
des lecteurs…,
combien…,
des poètes…,
combien…,
des ouvrages…,
combien…,
votre recueil…,
combien…,
j’en prends un.

Écoute des poèmes dans les différents poémophones installés sur le stand.

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3/3 : …Paris/New York, un an de réflexion

…Une fois rentré à Paris, dès que le temps me l’a permis, j’ai regardé le résultat de mes photos sans vraiment comprendre pourquoi je suis je seul à m’intéresser à ce spectacle étourdissant, si visible pour celui qui lève parfois la tête au-dessus de la technologie à tout va. Sans réponse j’ai fini par mettre ce sujet de côté mais il continuait à m’obséder régulièrement. Et si je le ressortais de temps à autre, c’était sans savoir quoi en faire et rien ne bougeait. Je le montrais à des regards avertis qui me poussaient à à en tirer parti, mais une fois seul j’étais perdu.

En attendant qu'il vienne le temps est long à la porte de l'Apple Store

C’est en le présentant à un collectionneur de photos qui s’intéresse depuis longtemps à mon travail que je peux enfin élaborer ma démarche. Je lui explique que je vais mettre côte à côte des images de cette série pour retranscrire ce tourbillonnement particulier. Il semble convaincu et attend avec impatience l’œuvre aboutie. Je suis heureux, je viens de franchir une étape clé dans la maturation de ce projet. Pourtant le fait même d’avoir exposé mon approche me bloque à nouveau. L’avoir exprimée me met dans la même situation que de l’avoir réalisée.

Il me faut alors une nouvelle année pour aboutir le travail qui d’ailleurs prend une toute autre ampleur. C’est en juillet 2010 que je mets un point quasi final à ce chantier, date limite que je m’étais fixée pour présenter le résultat à mon collectionneur. D’une composition photographique de départ j’en ai construit huit, déclinées en quatre variations. Il est convaincu par la transcription visuelle de mon idée originelle et réserve la pièce centrale de mon projet. Une œuvre d’1,2 mètre sur 80 cm représentant une composition de huit photos de pieds en mouvement, gravitant autour d’une image centrale, celle de l’escalier de l’Apple store de New York. Je suis soulagé.

Le début de la constrction de ce mouvement perpétuel

En octobre 2010, le tirage est sorti du laboratoire photographique et un mois plus tard j’accompagnais mon collectionneur chez l’encadreur pour aller le chercher. Aujourd’hui il se trouve dans son bureau aux côtés d’œuvres de Combas, de Philippe Cognée et de Marc Riboud. Quel plaisir !

En traversant New York il y a un an et demi j’ai croisé des expressions sur des visages vus de face et  j’ai découvert les attitudes de corps vus du dessous. Cet autre angle m’a offert un regard très différent sur la vie new yorkaise rythmée par des répétitions entre flous et transparences. Dans ces petits instants évoqués qui se refusent à tout montrer, je me suis finalement davantage rapproché des gens qu’avec des portraits très serrés, photographiquement forts, mais seulement suscités par le désir d’un effet de style.

Composition d'une série de pieds gravitant autour d'un escalier central de l'Apple Store de NY

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2/3 : …Manhattan – La “big apple” croquée…

…Deuxième matin. Je propose à mon père de m’accompagner. Je marche plus lentement, je fais moins de photos, nous discutons tranquillement et d’autres choses se passent. En arrivant devant l’Apple store de la 5e avenue nous sommes aspirés dans l’Apple way of life. Mon père disparaît au milieu de cette foule à l’affût des nouveaux produits de la Mac generation tandis que je reste fasciné par les escaliers qui nous ont descendus dans les sous-sols du temple de la culture Mac.

L'entrée de l'Apple store de Manhattan reflétant les tours du quartier de la 5e avenue

Je regarde ces escaliers en verre dépoli qui jouent subtilement avec les lumières extérieures. Si les transparences commencent dès l’entrée cubique de l’édifice où les reflets jouent tour à tour avec la cage de l’ascenseur, celle de l’escalier, Schwarz le magasin mythique de jouets, le monumental Plaza hôtel transformé aujourd’hui en résidence ou Central Park, c’est bien au sous-sol que la magie déploie toute sa puissance. Ce n’est qu’une fois à l’intérieur que l’on peut distinguer les pieds des visiteurs qui se meuvent sur un rythme particulier, entre le dedans et le dehors, entre le dehors et le dedans. Devant cette danse quasi sacrée je sors mon appareil photo et je commence à shooter.

Petit à petit je bascule dans un état second. Enivré par ces mouvements en continu, j’appuie sans m’arrêter, sans arriver à m’arrêter. Je distingue des dessous d’escarpins, de godasses, de mocassins. J’entrevois une personne qui attend son compagnon, une autre qui hésite, qui fait marche avant, marche arrière, puis une autre avec une mallette, avec une chaise roulante, une poussette, un vélo et je ne sais plus quoi d’autre tellement les images vont vite. Et tout recommence. Un groupe arrive, prend les escaliers, je les suis du viseur, j’appuie encore. D’autres personnages empruntent l’ascenseur, je ne m’épuise toujours pas. Je déclenche encore et encore. Cette transparence me parle, me donne à imaginer, m’envoûte et m’entraîne dans cette réalité transformée où j’essaye de traduire mon ressenti sans réellement y parvenir. L’image regardée n’est déjà plus. Comment transcrire avec des images fixes ce vertige de pieds qui apparaissent et disparaissent ? Je ne pense pas à filmer, juste à photographier, en noir et blanc, en continu. J’appuie et j’appuie encore. Je joue avec la découpe des marches comme avec celle des dalles en verre qui, à leur tour, jouent leur rôle de passerelles entre la rue et la cage d’ascenseur. Rectangles entrecoupés de pieds, découpes horizontales et verticales, semelles de chaussures noires qui se grisent dans le mouvement. J’attrape tout ce que je peux.

Vue du dessous en transparence de l'entrée de l'Apple Store de New-York

L’excitation monte. Quelqu’un me tapote sur l’épaule. Je sursaute. C’est mon père qui souhaite retourner à l’hôtel, les autres l’attendent. Il me demande si j’ai terminé, j’acquiesce, je lui dis que je le retrouve dans deux minutes dehors. Me voilà ramené à cette triste réalité de la vie en communauté. Je le rejoins, je lui raconte ce que je viens de vivre mais le doute s’empare de moi. Il faut que j’y retourne, je n’ai pas ce qu’il me faut, je n’ai rien, tout est mauvais j’en suis sûr. Je le laisse en plan, il rentre seul à l’hôtel et je pars compléter ma série.

Je suis seul, le temps se rallonge. Je change d’objectif, je resserre mon cadre pour me retrouver plus proche des semelles de mes personnages, pour ressentir leurs mouvements, leurs choix, leurs doutes, leurs certitudes, pour me laisser prendre à leur jeu, sans réfléchir. Je compose, je décompose, je recomposerai plus tard. Pour l’instant j’emmagasine de l’image. Me servira-t-elle un jour ? La seule chose qui me tient la tête cambrée en arrière est d’être là où je me trouve, sous ces passants qui passent. Je suis en eux, je suis dans chacun de leurs mouvements et ils n’en savent rien, et je n’en connaîtrai aucun. Aucun visage, aucune expression. Je suis loin des photos de rues que j’ai l’habitude de prendre. Et pourtant je capte ces attitudes Je retrouve ce que je cherche obsessionnellement. Un personnage seul, un autre exclu, un groupe, un mouvement incertain. Ma tête tourne à force de regarder en l’air, je perds l’équilibre mais je ne peux m’arrêter. Ce défilé en continu est si beau.

L'entrée de l'Apple Store donnant sur l'escalier central

Les gens d’en bas quant à eux continuent à regarder les imacs, iphones, itunes, ipads, itouchs beaucoup de choses mais personne ne voit ce que je vois, personne ne me voit non plus la tête levée à photographier des pieds en transparence. En dessous de ce tout qui vit à mille à l’heure…

Apple : la dynamique d'un lieu de culte

Les marches à double épaisseur où se croisent les descendeurs et les monteurs

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1/3 : NY City – Un déplacement imprévu…

7 mai 2009, ma sœur allait fêter ses 40 ans dans quelques jours à New York et il ne m’était même pas venu à l’esprit de m’y rendre. Je m’étais exclu de ce moment de fête sans même m’en rendre compte ou plutôt je ne m’autorisais pas à en être. Ce n’était pas pour moi. Deux jours avant je n’avais pas de passeport valide, puis tout a basculé quand j’ai réalisé, presque trop tard, que ma place était là-bas à côté de ma sœur, aux côtés de mes parents.

9 mai 2009, je me retrouve à New York pour 72 heures.

Dans l’avion j’écris à ma petite sœur les raisons de ma venue sur les quatre côtés d’une enveloppe déchirée et dépliée d’American Airline. Quelque chose comme un je t’aime fraternel posé sur le seul papier à ma disposition, cette enveloppe qui a terminé saturée d’une écriture toute compressée par manque de place ou de temps pour tout dire.

Puis New York City m’accueille avec son odeur, ses bruits, son agitation, ses lumières tranchées, son gigantisme. Je me laisse prendre sans aucune résistance, tombant dans cet état particulier provoqué par le décalage horaire, avant de glisser dans le sentiment d’invulnérabilité que procurent des journées qui commencent très tôt et qui ne s’achèvent jamais. Dans trois jours c’est déjà Paris.

Depuis le taxi. Traversée de la ville et des différentes communautés

Manhattan. A l'angle d'un bloc de l'Upper Ouest

Tout va très vite, surprise, rires, larmes de joie, étonnement, embrassades, larmes d’émotion, cadeau, don du petit mot sur l’enveloppe reconfectionnée en lettre, larmes de bonheur…

S'il était écrivain, il pourrait me faire penser à Ernest Hemingway

Le lendemain vers 5h du matin j’arpente seul la ville, caméra et appareil photo au point, tout en réalisant ce que j’ai l’habitude de produire. Sans savoir que d’autres images m’ont donné rendez-vous ici pour m’emmener vers d’autres projets qui me tiendront excité pour les mois, peut-être les années à venir.

Petit déj. en vitrine à Manhattan

Pour l’instant c’est avec les photos de rues que je fricote. Jamais assez proche, jamais assez longtemps, jamais assez fortes, jamais assez patient. Je l’ai tellement entendu écrit par mes maîtres à attraper de l’image que je me demande pourquoi je me débats tant à vouloir croiser au coin d’une rue une photo de William Klein façon NY 1954-55 ou dans le pur jus des photos quotidiennes réalisées par Raymond Depardon pour Libération (juillet 1981). Pour quoi faire ? Encore des personnages qui marchent, l’obsession de ces visages qui viennent à moi, la volonté d’attraper leurs regards, de fixer l’expression de ces inconnus que je vais apprendre à connaître sur papier photo. Comme si je ne pouvais pas faire autrement. Comme si j’avais encore besoin de ces mêmes images que j’ai déjà tant cherchées, tant ratées et parfois trouvées…

Le mot taxi incrusté dans un geste de vie New-Yorkaise

Femmes aux lunettes mondaines encadrant des enfants de la rue

Un homme en casquette brisant l'air de son passage éclair dans la foule de la ville

Une femme de tête s'imposant face à la dureté de la cité

Une jeune femme aux lunettes de star blanches coupe une foule floue

La chaleur de la ville n'empêche pas les citadines de bouger de blocs en blocs

Dans l'ambiance souriante d'une rue de la "Big Apple Town"

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2/2 : …Une vue de Miami très asiatisante

…Cet appartement bourgeois dans lequel je me trouve est l’une des demeures secondaires d’un couple de collectionneurs parisiens qui m’avait commandé quatre ans auparavant une série de photographies pour décorer son nouveau lieu de villégiature. Lieu qui m’était alors inconnu à l’exception de quelques clichés amateurs qui m’avaient donné une pré-saveur de ce qu’allait être cette maison en altitude qu’ils appellent ici penthouse. Je devais leur proposer des images de reportage pour enrichir le style asiatisant qu’ils souhaitaient donner à leur appartement. Et je le découvre enfin 48 mois plus tard, terminé. J’ai peu de temps pour faire connaissance avec cet appartement-musée où chaque pièce propose des arrêts culturels étonnants. Je passe du Japon à la Chine, du Vietnam à Bali, de Bangkok à Vientiane. Tant de réalités fantasmées par ces voyageurs d’expositions. Tant de parcelles de vies de ces explorateurs par procuration, façonnées par le regard aiguisé d’antiquaires spécialisés. Univers auquel j’ai participé modestement sans le savoir avec mes tirages photographiques.

Mais la visite ne fait que commencer. Avant de découvrir une séries de bonzes, de bronzes et de terres cuites, de kimonos miniatures ou d’estampes japonaises je me retrouve dans l’entrée. Cette fameuse entrée. Celle que je devais transcender à l’époque par mes photographies. Celle qui avait besoin de ce quelque chose pour devenir L’ENTRÉE, comme ils me le répétaient sans cesse. “Pourquoi ne pas habiller ses quatre colonnes de quatre tirages ?” avais-je lancé un jour. Tout de suite ils avaient adhéré à cette idée saugrenue qui trottait dans mon esprit depuis bien longtemps, mais que je ne pouvais pas mettre en place n’ayant pas de colonnes sous la main.

Habillage des colonnes de l'entrée, coté mer

Habillage des colonnes : coté intercostale

Quatre tirages de plus de deux mètres de haut chacun, tout en longueur, représentant des scènes de la vie paysanne chinoise entre bateaux-bambous, culture de riz et paysages en pains de sucre. Je me rappelle encore ce temps passé à construire l’histoire de cette “entrée” sans déroger à l’idée qu’ils s’en faisaient, tout en essayant de leur proposer quelque chose de nouveau. Aujourd’hui je tourne sur moi-même avec plaisir en regardant ces quatre photographies qui se répondent avec évidence. Je suis heureux. Plus que satisfait. Je profite de cet instant qui n’appartient qu’à moi. Sur 360°. Ces moments-là sont si rares, et quand ils existent, il sont si courts.

Masque chinois devant une des photos exposées dans la chambre d'amis

Dessin d'une série de masques asiatiques

La visite continue. Je m’arrête dans la chambre principale, monumentale. Un véritable temple du sommeil gardé par deux empereurs habillés en estampes. Un claustra majestueux la sépare d’une salle de bain digne des gardiens du domaine. Je reste coi devant ce spectacle qui me renvoie à quelques siècles de là, dans cette idée que je peux me faire du pays du soleil levant.

Décoration intérieure - Sculpture-lampe-objet en forme de bougeoir.

Décoration de l'appartement. Gros plan sur une série de sculptures de Bouddha.

En quittant la chambre, je prends un ticket pour un ailleurs différent. Je croise des scènes de rues dans une chambre d’amis. Des scènes de rues d’une autre Asie où j’avais suivi des personnages dans des ruelles sombres, où j’avais épié des ombres de vies dans des parcs vidés de toute respiration. Des scènes qui se trouvent aujourd’hui encadrées dans cette chambre où des amis de mon guide viennent se changer les idées à la lumière d’univers construits de toutes pièces.

Puis je sors de cet appartement, de cet immeuble, de cet air conditionné. De cet air d’Asie conditionné pour rêver. Je retourne dans la ville. Ma tête est pourtant restée là-bas dans cette mise en scène où il fait bon vivre l’aventure depuis chez soi. Je ne vois rien de la rue. Je ne vois rien de ce Miami qui s’étend à perte de routes. Où je ne peux pas me balader à pied. Où je ne sais pas encore où promener mon appareil photographique pour grappiller la température élevée de la culture locale. Je n’en ai d’ailleurs pas envie. Le soleil est plein phares allumé. Mes yeux se brident de désirs de retourner là-haut.

Je découvre dans ma main droite la canette de coca light que la maîtresse de maison m’avait servie en guise de bienvenue. Je la bois en me retournant une dernière fois vers cet immeuble plus coloré que laid. Ou l’inverse, je ne sais plus. Je suis trop ébloui par cette lumière aveuglante.

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1/2 : Sur les hauteurs de Golden beach…

Alors que je suis de passage à Miami pour quelques jours, je me retrouve propulsé dans un appartement chic & stylé situé dans l’un des beaux quartiers du Miami résidentiel. C’est un de ces matins à la peau moite et au soleil brûlant qui se déroule sous mes pieds sans que j’en sois réellement le maître. Où le décalage horaire joue bien son rôle de mélangeur d’idées. Une journée pareille à toutes les autres 24 heures qui se ressemblent tellement dans ce pays où l’été dure toute l’année.

Je m’élève donc au trentième étage et encore plus d’une tour moins colorée qu’affreuse, et pourtant déjà bien colorée. Un de ces buildings qui ont poussé à ne plus savoir qu’en faire depuis la crise immobilière américaine. Une de ces constructions dysharmonieuses de bord de mer qui font de l’ombre à la plage mais qui, m’a-t-on dit, abritent des appartements exceptionnels.

Une des tours de Golden beach

L’ascenseur s’arrête. La porte s’ouvre sur un sourire accueillant. Je me retrouve sur le palier et l’on m’explique qu’il EST déjà l’appartement. Une odeur de vanille investit mes narines avec malice. La maîtresse de maison pousse la porte d’entrée, accompagnant son geste d’un plaisir sans pareil. Je la sens prête à me faire faire le tour du propriétaire avec ce désir affiché de partager avec passion SON œuvre, SA réalisation. Je découvre tout d’abord à chaque extrémité d’une série de pièces principales, deux grandes baies vitrées qui accueillent avec générosité une lumière transversale. Lumière qui transperce cet appartement de bout en bout et lui donne cet éclat particulier qui fait que même habillé de foncé, il reste lumineux. D’un côté se développe un bord de mer à perte de liberté. De l’autre se dévoile l’intercostale d’une manière plus féminine. Ce bras de mer laisse apparaître de petites maisons qui forment un autre patchwork de ce Miami fantasmé. Plus pittoresque sûrement. Me voilà pris d’un vertige devant ce double visage du sud-est américain. Est-ce cet “en haut” qui dit vrai ou cet “en bas” qui l’est plus ? Deux espaces socialement opposés, dialoguant tantôt en espagnol, plutôt en américain et formant deux profils possibles de l’Amérique actuelle…

La vue depuis là-haut

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Ecoute privée des poémophones créés par noartetblanc

noart&blanc

Invitation - Samedi 2 octobre 2010 à partir de 16h - confirmation obligatoire

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Texte mis en bouche

Si la disparition d’Arlette m’a bousculé. Si j’ai écrit un texte sur elle dès la nuit de cette triste nouvelle. Si je l’ai tout de suite donné au marché de la poésie pour qu’il soit édité sur leur site. Si je l’ai posté sur mon blog. Cela ne suffisait pas encore. J’ai enregistré ce texte que j’ai placé sur les images de la soirée d’inauguration du 28e marché de la poésie, cette soirée à laquelle j’ai participé grâce à Arlette et qui m’a permis de réaliser tant de choses qu’elle ne verra jamais. Alors ce montage devient une première conclusion de ce projet en marche.

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2/2 : …4h30 qui ont pris 3 mois

Autoportrait devant l'un de mes dessins décorant le stand. Il appartient à la série de ceux qui illustrent mon recueil de poésie (éd. Jean-Michel Place)

…16 juin 2010 :
15h. Me voilà physiquement sur le marché de la poésie. Je n’ai pas encore pris en main mon cutter alors que Noart a déjà bien avancé le montage du stand. Une heure s’est déjà écoulée. Je pars coller des affichettes sur les murs des cabanes pour annoncer notre installation. Je tapisse toute la place Saint-Sulpice de notre présence. Je reviens sur le stand. Il est terminé. Il est superbe !

19h30 est déjà là. Notre chez nous est sur pieds pour 4h30 en continu. Un sprint sans pause jusqu’à minuit. Ma voix n’est pas revenue. Les gens quant à eux arrivent sans relâche. Ils scrutent le stand, jouent avec les téléphones, écoutent les interprétations, se procurent le recueil, découvrent le tirage de tête, regardent les photographies. La soirée tourbillonne.

Je veux échanger avec un copain, il est déjà parti. J’essaye de présenter une amie à Noart. Elle attend 45 minutes sans que j’y parvienne. La soirée est déjà finie.

Installation du stand par Noart (manufacteur d'art) qui a réalisé les poémophones.

Elia Blanc (mon fils) écoutant des poèmes intégrés dans l'un des deux poémophones muraux. Il fait partie des comédiens qui ont enregistré les textes.

Différents visiteurs sur le stand Noart&blanc.

Les gens ont profité sans relâche de notre installation. Ils ont disparu si vite que je n’ai pas vraiment eu le temps de me rendre compte de leur présence. Huit tirages de tête sur dix sont partis avec eux. Nos petits badges noart&blanc découvrent leur nouvelle vie sur les vêtements de nos visiteurs. Nous sommes heureux. On remballe. La soirée a été courte et longue à la fois. Toujours avec cette même légèreté. Celle qui ne nous a jamais quittés tout au long de la construction de ce projet. Belle réussite d’équipe.

Un téléphone finit à la réparation. Le son s’est fait la malle comme ma voix. L’on est déjà demain. Noart est parti avec mon cutter. Je n’ai vraiment pas pu m’en servir.

17 juin. Une personne me remercie d’avoir écrit ce que j’ai écrit. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Je l’ai juste écrit. Je ne sais plus non plus comment. Une femme me dit qu’elle a lu à haute voix mes textes à son mari. Que ce dernier lui a demandé d’en relire plusieurs passages. Cette anecdote m’a beaucoup touché. L’idée d’interpeller avec mes écrits m’a ému. Puis je me suis écroulé de fatigue. Une larme à l’œil.

Le poète Tristan Felix écoutant les poèmes intégrés dans le poémophone mural.

21 juin. On est lundi soir. Je commence à être reposé. Je reste dans l’euphorie de mercredi dernier. La vie a repris son cours. J’apprends qu’un camarade de Noart a acheté l’un des téléphones exposés. Les voix de mes textes partent à leur tour. J’ai envie de travailler sur un nouveau recueil de poèmes pour l’an prochain.

En fait j’ai déjà commencé. Mon cahier du soir n’attend plus qu’une chose. Que je continue à le noircir de mon texte quotidien. Il faut juste que j’avance. Ce projet futur aura lieu ou pas. Je verrai plus tard. Pour l’instant, l’important est de me rendre régulièrement à  mon rendez-vous d’écriture.

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1/2 : Le jour J de la poémophonie…

Affichette "Noart&blanc" pour l'ouverture du 28e marché de la poésie

15 juin 2010 :
Demain Place Saint-Sulpice, deux stands à ciel ouvert pour n’en former qu’un. Merci Arlette.

Il va faire beau, les gens viendront. Il va pleuvoir, c’est l’échec assuré. Je n’ai plus de voix. Je l’ai perdue hier dans un trop peu de sommeil. Dans un trop plein d’excitations. Les jours deviennent de plus en plus longs. L’été arrive. Les jours deviennent de plus en plus lourds. Mes paupières aussi.

Le grand jour se rapproche et ma voix s’est éloignée. Je parlerai tout bas pour ceux qui voudront écouter. Il n’auront qu’à venir plus près. Si ce n’est pas de moi, ce sera plus près des poémophones réalisés par Noart, où une quarantaine de mes textes, interprétés librement par des comédiens, est intégrée. Ma femme et mon fils sont deux de ces comédiens. Belle expérience. Ces textes sont les mêmes que ceux présents dans mon premier recueil de poésie : « Des mots mis en baraques à sons ». Mon deuxième livre édité par Jean-Michel Place après « Téléphérique pour l’enfance » (ouvrage photographique).

Petit poémophone (1950) comprenant la globalité des poèmes du recueil "Des mots mis en baraques à sons"

J’ai du mal à me concentrer depuis plusieurs jours sur autre chose que le projet noart&blanc. Je me retrouve sans cesse en train de le peaufiner. Ma tête est prise dans un tourbillon d’oublis possibles, dans tout ce que je n’aurai pas le temps de finaliser. Tout ce que je repousserai à plus tard. Donc à jamais…

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Hommage à Arlette Albert-Birot qui m’a permis de…

…Arlette qui m’a permis de devenir un être en devenir dans ce monde de la poésie.

Lors de son dernier dîner à la maison nous nous sommes mis à nous tutoyer. Ce tutoiement a continué le temps de deux ou trois coups de téléphone. Puis la ligne s’est interrompue brusquement. Elle avait plus de 80 ans. Seul le tutoiement est resté. Avec tout le reste.

La passeuse
Tante A. qui avait tant à
donner en toute occasion.
Tante A. de qui j’avais tant
à recevoir m’a laissé le prendre
sans que je puisse le lui raconter.
Tante A. m’a dit au revoir au milieu
du guet et j’ai ramé en regardant
la rive s’éloigner petit à
petit. Elle savait déjà. Tante A.
m’a écouté m’agiter, me
démener, imaginer, réaliser.
Poétiser, photographier.
Elle a encore souri au
téléphone en écoutant mes
mots imagés, et n’a rien laissé
transparaître. Ce soir j’écoute
dans cette solitude muette
d’orphelin de ce 2 juillet 2010,
Chet Baker me caresser de sa
douceur réconfortante en me
laissant rouler pleins phares
dans la nuit de ce quartier de
lune, après qu’une force positive
est venue me pénétrer de toute
sa puissance. A la manière
de ma grand-mère Friquette,
qui m’avait joué cette même
partition de donneuse de vie
qui va toujours de l’avant, tante
A. m’a offert cette route que je
dois perpétuer de son regard.
Comme nous tous qui
avons cru en chacune de
ses tentatives toujours réussies,
dans son parler vrai aux
énergies lumineuses. Notre
Arlette immortelle aux encore
bonnes idées pour les autres,
ses neveux d’adoption choisis.
Un jour de marché sous la pluie,
elle seule a vu le soleil briller et
nous l’a raconté.

Pour lire d’autres hommages sur Arlette Albert-Birot

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2/2 : Avez-vous vu mes images sur voz’images

…Ce mail de voz’images. J’y reviens. Ce mail qui se voulait musical en m’invitant à découvrir une sélection de photographies liées à la thématique de la journée. Appâté par une ancienne photographie de Johnny Hallyday à son époque yéyé, j’ai voulu en savoir plus sur la photo de ce chanteur à qui j’ai tiré le portrait à plusieurs reprises. Portraits intimistes que j’avais cadrés loin de la foule incontrôlable et des concerts-spectacles. Bien loin de l’univers de cette photo que je découvrais sur le site.

J’ai cliqué. Me voilà alors propulsé sur internet. Sur le site de voz’images. Différentes photos défilèrent sans me laisser le temps de souffler. Différents photographes, différents chanteurs, différents interprètes. Noir & blanc, couleur. Connus, peu ou pas connus, très connus, inconnus (de moi et peut-être aussi de vous).

Puis je me suis retrouvé devant une photo qui m’était familière. Que j’avais déjà vue quelque part. Mais où ? Henri Salvador sur scène, un verre à la main. J’ai regardé le nom du photographe. Il s’appelait… Fred Blanc. Mais c’est moi !

Henri Salvador

Henri Salvador sur la scène du Festival des Vieilles Charrues - 2001

J’étais face à mon image. Face à un moi-même sans l’avoir voulu. Sans l’avoir même imaginé. Étrange sensation. Puis j’ai découvert un autre cliché que j’avais réalisé au Festival des Vielles Charrues à Carhaix, en Bretagne. Une photo de Maceo Parker. Et deux autres d’Henri Salvador. Puis une dernière de Ray Charles réalisée lors d’une soirée de charité dans un salon de réception à Neuilly. Ces portraits mélangés à ceux d’autres grands interprètes de Jazz. Souvent disparus. A qui je ne pourrai jamais tirer le portrait.

Musicien

Maceo Parker sur la scène du Festival des Vieilles Charrues - 2001

Ray Charles lors d'une soirée de charité - Neuilly France

Je souris doucement en repassant cette scène où je me fais prendre par surprise par mes propres images. Utilisées par d’autres. Mises en scène autrement. Motivées par des objectifs différents des miens.

Henri Salvador sur la scène du Festival des Vieilles Charrues - 2001

J’ai fermé le site. J’ai rêvassé quelques instants embarqué dans une musique plus photographique que sonore.

Je n’irai pas à la fête de la musique cette année faire des photos de nuit. Faire du flou. J’irai coucher mes enfants sur ce fond de bouts de concerts improvisés. Dans ce tout là bas qui s’efface en même temps que ma fille lutte contre le sommeil. Puis j’irai me poser à nouveau à ma table de travail. Là-haut. Dans cette pièce suspendue. Réservée à mes vagabondages mentaux. Avant d’écrire mon poème quotidien, avant de l’illustrer d’un bout de dessin fait de deux ou trois traits. Avant que je ne m’endorme, ma tâche quotidienne accomplie.

Pour découvrir d’autres photographies, bienvenue sur voz’images/photos de Frèd Blanc

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1/2 : Voz’images fête la musique

Il y a quelques soirs de là, alors que la fête de la musique battait son plein, je me suis retrouvé devant mon mac. Dans un silence vibrant de musiques lointaines. Jetant les spams de ma boîte mail. Me désinscrivant de ces lettres d’informations auxquelles je ne me suis jamais abonné.

Dans l’action je me suis arrêté devant un mail de voz’images, reçu l’après-midi même, qui m’a interpellé. J’ai cliqué. Pour voir. Ou revoir ce que je connaissais déjà. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas baladé sur ce site qui m’était familier il y a encore peu. J’y ai posté tant d’images il y a un an. 3 par jour. Régulièrement. Pas un week-end, pas un jour de vacances sans préparer mes trois images. Méthodiquement, en les éditant, les tirant, les légendant. En y apportant un maximum de données. Pour leur offrir la chance d’être découvertes par un curieux, repérées par un collectionneur. Un vrai travail de fourmi.

Puis du jour au lendemain j’ai tout arrêté. Je suis passé à autre chose. Mes photos étaient sur cette plate-forme. Cette banque d’images comme disent les professionnels de la communication. Photos anciennes ou récentes. Un peu de tout. Ces images devenaient accessibles à toute personne intéressée par la photographie. Elles n’avaient plus besoin de moi. Je les ai laissées vivre leur vie en m’éclipsant…

Pour découvrir des photographies, bienvenue sur voz’images/photos de Frèd Blanc

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« Suiveur de troupeau » : Un poème en avant première

EN EXCLUSIVITÉ – Quelques heures avant l’ouverture du 28e marché de la poésie.

Je vous offre la primeur de la lecture d’un des poèmes inédits du recueil :
« Des mots mis en baraques à sons » qui verra le jour au marché de la poésie.

SUIVEUR DE TROUPEAU
Des mots
déconnectés
de leur sens
s’uppercutent
dans une tête
toute retournée.
Des sons détournés
de leur usage
s’accrochent à
des actions
inconnues et
leur offrent une
deuxième vie.
Un homme
recourbé sur
lui-même perd
pied dans cet
inconnu
colorisé et
roule vers son
ailleurs bien
loin de cet
ici perdu.
Dans ce
nouvel
univers
remasterisé
façon
mouton à
la chaîne,
les cinq pattes
s’en cassent
une pour
entrer dans le
rang et devenir
un héros
comme tout
le monde.

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Poésie, une installation sonore

« Chaque poète doit se rapprocher d’un artiste pour étonner son auditoire ». Voici le mot d’ordre des organisateurs de la soirée d’ouverture du 28e marché de la poésie. Étonner.

Il faut que j’apporte quelque chose de différent pour mettre en scène mes textes poétiques. Si je m’associe avec un graphiste, un photographe ou un illustrateur, j’aurais la sensation d’être dans mon quotidien, celui de  l’agence edo. Il faudrait que je puisse collaborer avec un créateur maniant un médium qui m’est étranger.

En regardant les différentes lampes de Noart à la maison, cela m’apparaît comme une évidence. C’est avec lui qu’il faut que je construise ce projet. Je suis certain que cette démarche l’intéressera. Il a déjà travaillé en binôme. Avec Mesnager par exemple. Proche de créatifs comme Speedy Grafito ou Mistic, son univers est différent du mien.

Je l’appelle, je lui raconte. Il rigole, ça l’amuse. « Et pourquoi ne pas mettre tes poèmes dans des téléphones« , me rétorque-t-il. Lors d’un dîner nous baptisons le projet noart&blanc.

L’aventure a démarré. Une sélection de mes textes par Astrid, des dessins, un picto, un logo, des photos, un recueil de poèmes, un mini film, des enregistrements, des comédiens, des téléphones sonores, une installation et plein d’autres petites choses qui viennent se greffer. Que l’on met en œuvre ou non. Il y a une véritable dynamique créative qui s’instaure dans notre relation. Les idées fusent et l’on rêve déjà ensemble à d’autres projets communs…

Rendez-vous le 16 juin 2010 de 19h30 à minuit Place Saint-Sulpice. Stand F13-F14

Pour plus d’informations sur Noart : http://noart.org/

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Poètes en cabanes, poètes en baraques…

Il y a quelques mois la présidente du marché de la poésie (Arlette) raconte à ma femme (Astrid) son projet de mettre 100 poètes dans les 100 cabanes du marché. L’idée est d’offrir à ces 100 poètes un lieu d’expression public. Belle idée pour l’ouverture de la 28e édition du marché de la poésie.

Arlette demande à Astrid des noms de poètes pour étoffer sa pré-sélection. Elle en lance quelques-uns, avec facilité pour cette spécialiste de la poésie contemporaine. Elle évoque même ce poète qui fait partie de son entourage proche, un certain Frèd Blanc. Arlette lui répond du tac au tac, « j’y avais pensé et je voulais lui proposer« .

Je passe la pré-sélection sans m’en rendre compte. Me voilà embarqué dans une nouvelle aventure. Sans bien comprendre ni comment ni pourquoi. Arlette, pilier du monde de la poésie avec 28 ans d’organisation de ce marché est partout.  Elle connaît déjà mon travail, l’ayant sélectionné à plusieurs reprises pour la revue Le Frisson esthétique.

Me voilà projeté d’un coup dans une autre histoire. Celle de présenter mes textes à un public. Ces textes que je fais dans mon coin. Ma première réaction est une inquiétude. Qu’est-ce que je vais pouvoir raconter à ces personnes qui vont m’interroger. Je n’ai rien à dire. D’ailleurs une fois que je les ai écrits, je les oublie. Il font partie de mon cahier de textes que je n’ouvre quasiment plus jamais après. Je les date, c’est tout.

J’écris un texte par soir, c’est comme ça. Comme d’autres regardent la télévision ou jouent aux cartes. C’est un rituel. Il dure depuis des années. Sur la page de droite, 1 texte, collé à la pliure intérieure, comme une longue bande qui se laisse descendre.  Une fois arrivé en bas de la page, je dois m’arrêter. Et si je n’y arrive pas, je continue en tournant autour de celle-ci. Un texte serpent qui longe le bord du papier. Sur la page de gauche, 1 dessin. Il a un lien avec le texte d’en face, ou pas. Des têtes, des corps, des expressions, des mots redessinés, du vide, du rien et des autres. Toujours pareils dans leurs différences. Toujours différents dans leurs similitudes.

Mais que dire si l’on m’interroge. Je n’en sais toujours rien. Répéter tout simplement ce que je viens d’exposer ci-dessus. Ou inventer autre chose. Les textes quant à eux, il suffira de les lire. Ou d’ouvrir grand ses oreilles.

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Jean Vuarnet – Sculpture hommage

En 2005 Avoriaz allait bientôt avoir 40 ans. J’avais rêvé des projets comme une sculpture de Jean Vuarnet. C’était d’ailleurs en discutant avec l’un de ses fils,  Alain, que l’idée avait germé. Réaliser un hommage au créateur de la station. Mais rien n’avait vu le jour à l’époque. Ce n’était sans doute pas le moment. Les premières esquisses sont restées dans des cartons pendant plus de deux ans.

Un jour le téléphone sonna. Alain m’informa que le nouveau maire de Morzine était intéressé par ce projet de sculpture monumentale. Ce n’était alors plus pour Avoriaz mais pour Morzine. Ce n’était plus non plus pour les 40 ans d’Avoriaz mais pour les 50 ans  de la victoire olympique de Jean Vuarnet à Squaw Valley en 1960.

Je regroupais mon équipe et nous nous mettions au travail.

Un an plus tard, sur la base de mon dessin, avec la collaboration du designer des débuts René Bouchara et d’un sculpteur, Gilles Chabrier, la sculpture vit le jour. Près de 4,5 mètres de haut. Du verre, de l’aluminium et de l’inox. La traduction futuriste du dessin séduisit tout de suite Jean. Une fois de plus le champion olympique avait son regard tourné vers l’avenir. Si Jean était motivé, le maire était heureux et le projet partit tout shuss.

En juin 2009, en prenant la maquette de la statue dans ses mains, Jean ne put s’empêcher de dire « je la vois bien sur la place« .  Le 22 février 2010, le jour de sa victoire, à l’heure de sa victoire, la statue fut inaugurée au cours d’une reconstitution de l’arrivée de la course de descente de Squaw Valley. Le jour où Jean inventa la position de l’œuf. C’est son fils Alain qui prit sa place pour passer la ligne d’arrivée dans cette reconstitution offerte au public local.

Quant à elle, la sculpture dressée sur la place n’attendait plus que d’être dévoilée au public venu nombreux pour vibrer aux côtés de Jean Jean, comme on l’appelait à l’époque.

Le rêve était devenu réalité. Et il mesurait plus de quatre mètres de haut.

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3/3 : Téléphérique pour l’enfance – Jean Vuarnet

Photo de la victoire de Jean Vuarnet aux JO de Squaw Valley en 1960 - Médaille d'or

Photo de la victoire de Jean Vuarnet aux JO de Squaw Valley en 1960 – Médaille d’or

…Puis un jour j’ai eu rendez-vous avec Jean Vuarnet. Cet homme qui m’impressionnait tant quand j’étais petit. Jean Vuarnet avec sa grosse voix, sa pipe, sa barbe et son chapeau de cow-boy.

Me voilà dans le train vers Morzine. Je suis seul. C’est un vendredi soir. Tout devrait-être calme et pourtant une inquiétude monte en moi. D’où vient-elle ?

Je vais faire le portrait de ce champion de ski qui a inventé la position de l’œuf. Cette position que l’on a tous essayée pour aller vite. Tout shuss en se prenant pour un champion. Je vais faire le portrait du père de mon ami qui n’est plus, qui est parti, ailleurs, avec sa mère. Je vais faire le portrait d’un personnage, d’un homme connu, qui m’impressionne toujours. C’est pour cela qu’une inquiétude m’a envahi, ce soir-là, dans le train. Et qu’elle m’a difficilement lâché ensuite.

Le lendemain matin, après m’être perdu, je me retrouve devant la porte de son chalet. Mon état n’a toujours pas changé. Je sonne. Le temps est long. Une silhouette s’approche lentement. Il ouvre la petite porte du jardin.  Je me présente. « Je suis le fils Blanc, me reconnaissez-vous ?« . Jean me répond que « non« , que « j’ai bien changé« . Moi je le reconnais. Il est resté le même avec son regard profond. Le même que la fois où j’avais skié avec lui et sa femme Edith. Le même que la fois où j’avais dîné dans son chalet peu avant le festival d’Avoriaz. Le même que celui de mes souvenirs d’il y a 10 ans. D’il y a 20 ans. D’il y a 30 ans.

Il m’accueille dans son bureau. Je lui raconte que je voulais l’immortaliser avec la photo qui ornait l’entrée du téléphérique quand j’étais petit. Que je l’ai cherchée pendant 6 mois. Brûlée en même temps que l’ancienne gare du téléphérique pour certains. Pour d’autres, récupérée par son propriétaire qui a perdu la tête depuis. Personne ne savait vraiment où elle était. Même son fils ne s’en souvenait pas. Il me regarde avec son sourire coquin. Monte dans le grenier de son bureau et redescend avec. Je peux enfin faire la photographie que j’imaginais. Le Jean Vuarnet de mon enfance aux côtés du Jean Vuarnet d’aujourd’hui. Ce Jean, une petite liste à la main où il a répertorié ses différentes victoires. J’ai shooté. L’image était maintenant dans la boîte.

Puis le temps s’est arrêté. Nous avons discuté plus de deux heures. Je lui ai dit aussi que je voulais d’une manière ou d’une autre rendre hommage à son fils. A mon ami Patrick. Il m’a écouté. A accepté sans plus de mots qu’il n’en faut. Comme toujours avec lui.

Tout au long de cette matinée il s’est laissé faire. Il s’est donné et j’ai pris. Puis je me suis éclipsé. J’étais tellement heureux de cette rencontre simple avec cet homme complexe.

Le soir j’ai dormi à nouveau dans le train. Je voulais absolument être présent pour l’anniversaire de ma femme qui avait lieu le lendemain. Je n’allais rater cela pour rien au monde.

Portrait de Jean Vuarnet au coté de sa photo qui ornait jadis l'entrée du téléphérique

Portrait de Jean Vuarnet au coté de sa photo qui ornait jadis l’entrée du téléphérique

Jean Vuarnet avec sa femme Edith sur le domaine skiable des portes du soleil

Jean Vuarnet et sa femme Edith sur le domaine skiable des « Portes du Soleil »

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2/3 : Téléphérique pour l’enfance – photographier l’inphotographiable

Les câbles du téléphérique d'Avoriaz s'enfoncent dans le brouillard en direction des Prodains.

Les câbles du téléphérique s’enfoncent dans le brouillard en direction des Prodains.

.. J’ai décidé alors de plonger dans mon enfance. Celle de mes vacances d’hiver. Celle que j’avais vécu là-haut. Il y a si longtemps. Dont les souvenirs sont restés toujours aussi frais.

J’ai commencé à chavirer dans un trop plein d’informations devant tant d’images, de formes et de mots revenus lentement à la surface. Comment arriverais-je à les raconter sur la pellicule ? Comment représenter le froid en photo ? Comment raconter l’excitation de l’enfant que j’étais ? Comment illustrer l’attente de ces vacances d’hiver ? Comment, comment et encore comment ?

Comment arriverais-je à rendre photogéniques ces bribes d’hier qui ne l’étaient pas ? C’est là que la véritable aventure a démarré.

J’ai inauguré un petit cahier vert qui m’a suivi jusqu’à la fin du projet. J’ai tout noté à l’intérieur : contacts, souvenirs, rencontres et même ce que j’avais oublié. Tous ces petits riens qui ont fait mon enfance, qui ont fait que ce là-bas est chez moi pour toujours. Qui ont fait qu’un livre sur Avoriaz était en marche.

Petit à petit le projet s’est construit. Pendant deux saisons je suis monté à Avoriaz toutes les trois semaines. Et je rentrais à Paris avec 20 à 30 rouleaux de photos. En développant les films, j’ai vu rapidement que des images se répétaient. « Encore des télésièges » disait ma documentaliste à ma femme en rigolant. C’était vrai, mais les télésièges sont photogéniques. J’oubliais en revanche les ambiances de rues, thématique que j’affectionne tout particulièrement d’habitude. Images qui ne se présentaient pas à moi dans les rues enneigées de la station. Ou plutôt que je ne voyais pas.

J’avais aussi envie de me confronter à deux styles photographiques que je ne connaissais pas bien : le paysage et l’architecture. Ces immeubles que j’avais essayé de photographier à l’époque de l’école (ESAG) et qui étaient restés une énigme depuis. Et cette nature qui semblait évidente quand je la regardais et imprenable une fois l’appareil prêt à cadrer. Puis à force d’images refaites et refaites avec générosité, j’ai effleuré des solutions.

Photographier le gigantisme de la montagne. Cette forme d’infini qui s’efface dans le blanc sans jamais s’arrêter.

Photographier l’un des rêves humains : celui d’apprivoiser cette montagne, parfois révoltée, parfois adoucie. De la dompter grâce à ces immeubles dressés contre vents et tempêtes de neiges.

L’excitation me guidait. Je découvrais tant de choses. Je rencontrais bien des personnes qui m’aidaient à recomposer cette histoire particulière.

En plus de photographier, je me suis mis à écrire puis à dessiner. De nouvelles idées venaient compléter ce tableau d’enfance.

Et à chaque retour sur Paris, il me semblait qu’il me manquait encore des images. Qu’il fallait y retourner à tout prix car j’avais oublié là-haut l’essentiel. Un télésiège peut-être…

Contre plongée de deux télésièges qui se croisent

Contre plongée de deux télésièges qui se croisent

Vue de la station depuis une piste recouverte de poudreuse

Vue de la station depuis une piste recouverte de poudreuse

Vue d'un immeuble depuis une fenêtre hublot, marque de l'architecture locale

Vue d’un immeuble depuis une fenêtre hublot, marque de l’architecture locale

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1/3 : Téléphérique pour l’enfance – un ouvrage photographique

Téléphérique pour l’enfance – Couverture de l’ouvrage

Janvier 2005, je sors d’un lourd travail pour la Française des Jeux : le dossier de presse de son équipe de vélo. J’ai repoussé mes vacances de Noël pour terminer. Je pars enfin à la montagne. Me voilà à Avoriaz. Cet endroit mythique où j’ai passé mon enfance. Je fais le voyage seul avec mon fils. Il est petit, il a trois ans. Nous arrivons dans notre appartement. Je suis seul avec lui. Ma femme nous rejoindra le lendemain.

En le regardant vivre je me revois trente-huit ans en arrière. Moi petit, entre les jambes de mon père. Moi petit, regardant mon père lire un gros livre. Moi petit, voyant mon père sortir de la salle de bain après le ski. C’était mon père le père, et moi l’enfant. Une génération a glissé. Je suis devenu le père. Et mon fils est apparu. Et je me vois en lui.

Chaque année je retourne dans cet endroit magique où j’ai fait, j’ai découvert, j’ai compris. Et je le raconte en boucle à ceux qui veulent bien l’entendre. A ceux qui n’ont pas le choix : « le rocher que j’ai sauté avec untel« , « le hors-piste où l’on aurait pu se tuer avec un autre« . Et bien d’autres anecdotes qui n’intéressent que ceux qui y étaient. Dont la plupart est partie depuis. En revanche les montagnes n’ont pas bougé et les immeubles sont restés inchangés.

J’ai pris la place de mon père sur le grand canapé bleu et mon fils a pris la mienne sur la moquette moutarde. Une génération est passée.

Alors pourquoi ne pas raconter cette génération d’amoureux de cette montagne-là. Pourquoi ne pas crier ces émotions, ces sensations, ce bonheur procuré par ces années d’enfance. Bonheur qui n’appartient pas qu’à moi mais à tous les avoriaziens de cœur.

Avoriaz qui allait avoir quarante ans, comme moi. Avoriaz qui méritait bien d’être racontée de l’intérieur.

Ce ressenti fut donc le démarrage d’une belle aventure. La création d’un  ouvrage. D’un livre photographique où l’adulte que je suis devenu a tenté de retrouver ses sensations d’enfant.

Téléphérique pour l’enfance. Ce téléphérique que j’ai essayé de prendre à nouveau pour retourner dans cette enfance qui continue à m’habiter…

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Past Present Futur

Past Present Futur

Deux voyantes dans leur vitrine - New York août 1991

Pour démarrer, j’avais envie de vous faire partager cette photographie. Je me retrouve dans « Le Village » quartier branché de New York. On est en août 1991. Je vis déjà depuis plusieurs années avec mon appareil photographique en bandoulière. Ça a commencé à Penninghen (ESAG) et ça continue toujours aujourd’hui. Je suis passé d’un Nikon à un Leica, puis je suis passé de l’argentique au numérique. Maintenant c’est un Canon qui m’accompagne partout où je me trouve.

Comme je le disais déjà à l’époque, mon appareil photographique est la continuation de mon œil et de mon bras en même temps. Il me permet d’attraper ce que je vois, de le mémoriser, de m’en souvenir. Et aujourd’hui de le partager.

C’est le matin. On sort avec un copain d’école du studio d’un ami chez qui nous vivions pour les vacances.  On traverse « Le Village » à pied car à pied l’on voit toujours plus de choses. J’ai les yeux grands ouverts à l’affut d’une de mes prises de notes quotidiennes. Je tourne ma tête légèrement sur la gauche et je vois cette vitrine énorme où deux femmes s’exposent. Un grand néon hurle la vie de ces deux voyantes qui attendent le client.  Ces deux femmes se sont posées là, sans bouger. Elles sont le décor de leur vitrine. J’arme. L’une me fixe d’un regard profond, une cigarette à la bouche, l’autre se cache. C’est elle qui fait la photo, qui donne du sens à ma composition. « Special 2 dollar » ne fait que renforcer cette impression forte. Celle de la recherche d’une « bonne nouvelle » à bas prix. Je déclenche. Je suis déjà ailleurs. J’oublie cette photo. De retour à Paris, je la développe. Elle se détache sur la planche contact. Je la tire. Elle me suit maintenant depuis bientôt vingt ans et je la redécouvre sans cesse. Bonne ou mauvaise, je n’en sais rien. Mais elle continue à me parler.

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Exposer c’est s’exposer

Parce que depuis des années mon entourage ne cesse de me demander de voir mes travaux en cours, mes projets, mes réalisations, j’ai décidé de prendre la parole par le biais de ce medium à chaque fois que j’aurais quelque chose d’intéressant à présenter. Une photographie, un poème, un  dessin, un logotype, une mise en page, un livre… une action créative. Et pourquoi pas aussi un mot d’humeur, une interrogation ou un doute.

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